Couche d’esclave

Le mois dernier a commencé par un détour dans un magasin d’ameublement. Avec l’arrivée des fortes chaleurs, Maître a souhaité se dispenser de ma présence dans Son lit pour la saison. Il est devenu habituel que je dorme (nue) attachée par la cheville, droite ou gauche selon Son envie, parfois les deux. Les mains aussi, moins régulièrement – quotidiennement depuis Son nouvel ajout à mes poignets de deux petits anneaux dorés.

User du mobilier n’existant plus hors autorisation explicite depuis que je vis chez Maître, Son lit était perçu dans ma carte mentale comme le dernier privilège de confort que je considérais – à peu de choses près – comme acquis. Lors du rituel du coucher, la réponse à la question d’usage puis-je dormir dans Votre lit ce soir pouvait sembler formalité.

Pourtant, la réalité est toute autre – parfois, Maître exprimait Son refus. Et il est ces temps-ci devenu quotidien.

Dormir hors de Son lit a toujours été une épreuve pour moi. Quand cela s’additionne au sol, ce sont des pleurs qui peuvent durer plus ou moins longtemps que les murs entendent et retiennent. Le sel brûle mes joues, mon visage se déforme entre mes mains moites et tout cet ouvrage doit se faire dans le silence le plus absolu.

Lorsque je me réfère à ma carte anxieuse, il résonne incessamment répudiation. Ni plus – et il serait bien difficile que cela soit plus – ni moins. Parfois, je regrette de ne pas avoir un jour fantasmé cette vie au service de Quelqu’un. Il m’aurait été tellement plus simple et surtout moins épuisant de la vouloir (et l’apprécier) pour moi avant pour Maître.

Peu à peu, je reviens après ces longs quarts d’heures d’égarements internes à l’évidence – et la lucidité. S’il était le cas (autant de la répudiation que du fantasme pré-existant ou existant tout court d’une relation de servitude), je n’appartiendrais pas comme Maître l’entend.

En tant que Son esclave, je ne devrais jamais omettre que Son confort passera toujours au premier plan de ma vie et que peu importe les voies qui mènent à Son contentement, il est dans ma nature de les emprunter. Ma dépendance, l’Estime et l’Amour profond (malgré la vision traditionnelle et fébrile que j’ai pu en avoir pendant des années) que j’ai pour Maître ne devraient jamais venir entraver mon énergie pour Le servir, uniquement la nourrir. Cela est applicable dans un monde utopique où tout est linéaire, ce n’est pas le cas dans celui-ci et je l’accepte.

Ce mois-ci, Maître a alors (ce n’est pas une évidence) investit dans une courte couverture et une sorte de très petit matelas inconfortable – et même le peu de confort n’est pas un dû ici et se mérite chaque jour.

Je suis pleine de gratitude des opportunités de m’endurcir que Maître m’octroie. De par Son exigence, Il honore mon don.

Le fort contraste entre tout ce qui ne m’est pas dû et tout ce que je dois s’avère bien souvent terrifiant. S’Il le veut, Il peut se montrer cruel. Parfois Il l’est, sûrement – et je n’exige jamais d’excuses. Et parfois Il est bon – j’ai pu dormir dans Son lit un soir d’août lors d’une nuit triste qui l’est devenue beaucoup moins. Maître entretient l’aléatoire. Peut-être que dans mon dos Il joue aux dés, ou peut-être que non – Il décide, simplement.

Car c’est ainsi que les choses fonctionnent ici.

Dans cette maison, le seul privilège est celui de Le servir – et je fais très bien de m’en sentir chanceuse. Lorsque Maître tend Sa main pour caresser ma tête un demi mètre plus bas, ma reconnaissance est pure – Son lit ne m’est plus dû. Si j’ai tant souffert de ce qui pourrait sembler si peu, c’est parce que j’ai entretenue l’erreur qu’il me l’était.

Maître a su rendre ce que j’imaginais dû, précieux.

Publié par

esclave calliopée

Propriété 232-621-237 appartenant à Maestro Bap pour l'éternité.

2 réflexions au sujet de “Couche d’esclave”

  1. Merci pour ce texte touchant.
    Ne jamais oublier : rien n’est acquis.
    Si certaines personnes ne voient que des contraintes dans ses épreuves, j’y vois la liberté. Libre de savoir profiter des choses les plus simples comme une caresse sur la tête et que chaque geste a son importance.

    Aimé par 1 personne

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