Absence de Maître : journal de bord de la dépendance

Aucun de N/nous deux n’était enchanté à l’idée d’une séparation physique. Il y a peu, Maître s’est absenté pendant un mois. Au début, cette situation pouvait durer quelques semaines comme plusieurs mois. J’ai reçu l’ordre de l’ébruiter le moins possible.

C’était une absence aussi soudaine que prévisible. Ne concevant pas une esclave en dehors du foyer plusieurs heures par jour, Maître a fait l’engagement de subvenir aux besoins financiers de celui-ci. Il a rapidement jugé que je serai plus utile dans l’ancien chez Lui à m’occuper des animaux et préparer un éventuel déménagement, éventuel déménagement qui n’avait encore rien de certain lors de Son départ.

Ayant tenu mon carnet d’esclave de manière journalière pendant ce mois loin de Maître, Il m’ordonne de faire ici une sorte de rétrospective avec des fragments de celui-ci. Puissent mes sœurs asservies qui vivent la distance trouver un peu de réconfort par mon témoignage, qui même s’il ne relate que de trente-trois jours de manque, fait état par moments de bien des maux et difficultés. Même s’il s’agit d’un témoignage intime qui me met face à ma dépendance envers Maître, s’il peut apaiser des cœurs, j’en serais la plus heureuse.

L’avant départ

jour -2, 17 heures 47
« […] Maître part mercredi. Le week-end était bien. […] Maître part mercredi. Il m’utilise beaucoup plus. J’ai hurlé. J’ai vu des étoiles. J’ai cru que mon bas ventre allait se décrocher. Il est encore là, car Il m’a même utilisée ce matin, même si plus doucement. Maître part mercredi. »

jour -1, 15 heures 22
« […] J’appréhende. Hier, j’ai manqué d’air. Maître part mercredi. Je vois Lévana vendredi. J’ai fait en sorte d’avoir des choses à faire comme le ménage, une vidéo YouTube, etc. Je vais avoir beaucoup à faire. Je vais y arriver. Heureusement, je dois préparer aussi un déménagement. O/on ne sait pas encore où. […] Maître part mercredi. Maître part demain. »


Les jours précédents Son départ, lorsqu’ils furent épuisants pour le corps, l’étaient moins pour l’esprit. Maître m’a utilisée plus durement que d’habitude. N/nous ne parlions au final que très peu de Son départ et de toutes les incertitudes qu’il comportait. Avec le recul, je suis reconnaissante que Maître m’épuise entre deux de mes « préparations » (ou auto-tortures) mentales à ce sujet.

Premiers jours

jour 2, 17 heures 25
« Maître est parti depuis plus de vingt-quatre heures. Il me manque. Je n’ai pas écrit hier, j’avais peur d’écrire. […] J’ai ordre de l’ébruiter le moins possible. Maître a laissé des instructions : j’ai le droit au mobilier, mais pas intérêt à m’habituer à tant de confort et d’autonomie. J’ai acheté des raviolis hier soir. […] »

jour 3, 12 heures 43
« J’aimais les gares. Je viens de rejoindre Lévana, que je devais initialement rejoindre pour 10 heures 08. Si la nuit a été difficile, j’espère sincèrement que la journée le sera moins. Je l’attends. C’est à son tour d’être en retard. J’aimais profondément les gares, avant. Elles me rappelaient la distance qu’il y avait entre N/nous la première année de N/notre relation. J’avais toujours un sentiment nostalgique de ce temps-là lorsque N/nous retournions dans les gares. Maintenant, je suis seule et je n’aime plus les gares. »

jour 4, aucune heure
« Les chaînes me regardent sous la table basse. Je médite beaucoup sur la servitude à distance. Je sens Maître avec moi. Je me sens Le servir par mon absence : s’il s’avère qu’O/on déménage, je serai bien plus utile ici, c’est d’ailleurs pour cela qu’Il m’y a laissée. Les chaînes me regardent sous la table basse. On s’est regardées longtemps. J’ai eu une pensée pour mes sœurs asservies à distance. Cela m’aurait paru tellement inachevé de m’entraver seule. N’aurait-il pas été profondément égoïste si je le faisais pour moi et non pour les yeux de Maître ? Les chaînes, sans Lui, ne m’apportent rien. La vie, sans Lui, m’est tout bonnement inimaginable. »


Les premiers jours furent très particuliers. Depuis que j’étais à demeure (c’est-à-dire environ trois ans), N/nous n’avions jamais passé plus d’une nuit séparés. Situation particulière exige, j’avais une carte bancaire et accès aux écrans pour être disponible si Maître avait envie de me parler. Je pouvais aussi aller et venir dans l’appartement à « ma » guise et user du mobilier. Je n’ai pas touché à Son fauteuil du mois entier. Des fois je le regardais et ça pouvait durer longtemps, ça n’a (à ma grande déception) pas fait apparaître Maître pour autant. Maître m’appelait tous les jours.

Quand vivre au présent s’avère douloureux

jour 5, toujours pas d’heure
« C’est qu’avec Maître, j’ai appris à vivre dans le présent. Maître étant mon Monde, il est difficile de vivre seule et de ne pas être à Ses pieds pour Le servir. Là, je souffre. […] Pourtant, lorsqu’Il est Heureux, je Lui si reconnaissante qu’Il m’ait appris à vivre dans le présent. »

jour 6, 17 heures 41
« […] J’ai voulu tirer une carte, hier. La dernière fois que j’en ai tirées, c’était la veille de mes vœux. Maître ne m’avait pas punie. Pourtant, je sais que les arts divinatoires sont proscrits, et ce même avant qu’Il me juge accomplie. J’ai dû puiser en ma nature d’asservie. […] Alors, j’ai fait la seule chose que Maître attendait de moi : j’ai prié. […] L’esclave accomplie de Maître a renoncé aux arts divinatoires. »

jour 7, 13 heures 47
« Je tiens. […] Je remercie le Seigneur de N/nous permettre cette vie de bonheur. Même si j’ai peur, je sais que N/nous serons exaucés. »


J’ai trouvé, en la prière, beaucoup d’apaisement. Lorsque j’ai accepté d’appartenir à Maître, il était clair que j’épouserai à terme Sa religion. J’ai trouvé dans les Saintes Écritures de nombreux échos à ma condition, condition qui n’a rien de plus naturel. Je remercie Maître de me permettre de lire les Textes. Maître avait laissé des instructions précises et les temps de prière en faisaient (et en font toujours) partie.

Premières angoisses

jour 8, 21 heures 07
« J’ai fait des cauchemars cette nuit. Je me suis réveillée angoissée et ce sont des émotions avec lesquelles j’ai du mal […] Je n’ai pas d’appétit. […] J’angoisse alors que je ne suis pas en danger. […] »

jour 9, pas d’heure
« Je végète. » – Il s’agit de la totalité de ce que j’ai écrit le neuvième jour. C’est à la fois peu et exhaustif.

jour 10, 23 heures 35
« […] Je m’en sens incapable. J’hurle à la mort. Je m’en veux de souffrir de cette absence à ce point. Je prie moins. »


J’ai commencé à avoir des troubles du sommeil importants et mon état psychique s’est en conséquence très rapidement détérioré. Depuis mon petit nombril, je ne voyais plus que mes angoisses. Lorsque Maître me sent décentrée (car ces états émotionnelles parasitent la servitude permanente telle que la conçoit Maître), il est chose aisée pour Lui de me recentrer sur l’évidence (Le servir) car je Lui appartiens totalement et Il me connait parfaitement.

À distance, Maître a ordonné que je me récite et a augmenté les temps de prière. Il était bien occupé, car nouveau travail rime avec nouveau rythme, mais je suis pleine de gratitude de tout le temps qu’Il a pris pour se dédier à moi, même quand je me répétais et n’avais que des banalités à raconter.

Mi-chemin et premiers cartons

jour 14, pas d’heure
« […] Me voilà depuis ce début de semaine dans les cartons. Lundi [jour 12], j’ai vidé toute la bibliothèque et le meuble télé qui n’accueillera jamais de télévision. […] Mardi, hier, fut catastrophique. […] Rien d’étonnant que mon corps faible de femme me fasse défaut et soit enclin à l’anxiété, ou du moins qu’il n’ai pas la force de faire barrage à mon terrain anxieux. […] J’ai recommencé à prier. »

jour 20, 12 heures 48
« Je me sens faner loin de Maître. […] »

jour 22, 15 heures 45
« Je vis pour quelqu’un qui n’est pas là. » – cf. jour 9, court mais exhaustif.


Le jour 11, Maître fut embauché en Pays-de-la-Loire et bénéficie pour cette période d’un logement de fonction. Cette donnée a permis de déménager le plus tôt possible et ainsi de se retrouver beaucoup plus rapidement qu’initialement prévu. Cette joie que j’ai ressentie s’est traduite par une grande productivité le lundi (jour 12) mais cet intermède fructueux s’est éteint aussi vite qu’il s’est allumé. Sans Lévana, je serais sûrement encore en cartons.

Entre deux moments d’angoisses profondes, je gambergeais. Comment cultiver la nature asservie de l’esclave lorsque celle-ci n’est pas aux pieds de Celui à qui elle appartient ? Comment cette nature peut-elle être entretenue en permanence d’une manière achevée, aboutie, sans la présence du Maître ? N’est-il pas illusoire de croire appartenir à quelqu’un qui se contenterait d’un service fragmentaire ? Quel Propriétaire – réellement – désireux d’être servi ne voudrait pas de Sa propriété à demeure ?

Toutes ces énigmes m’ont menée au résultat suivant : je suis foncièrement bénie d’être aux pieds de Maître car Il s’investit considérablement dans N/notre relation. Il me fait l’honneur de vivre chez Lui pour Le servir de la manière qu’Il considère la plus achevée. Quel sentiment ressentir à part une immense gratitude ?

Même à distance où je souffrais de Son absence et où j’ai dû faire face à l’handicap que représenterait ma dépendance si je devais un jour vivre seule trop longtemps, je n’ai jamais douté une seule seconde de mon appartenance à Maître et de ma nature pour Lui. Au début, je pensais que c’était une victoire qui n’avait pas demandé beaucoup d’effort. Il n’y a au final rien de plus naturel et d’évident, car si je peux douter de la Terre qui tourne autour du Soleil, je ne peux douter du Maître.

J’ai constaté en ce sens que les causes de mes souffrances étaient toutes reliées au facteur de la présence non-physique de Maître. Le manque d’une main sur la joue, du baise-main lorsqu’Il rentre, de Sa présence. Présence palpable, car par mon service, je fais partie de Lui et de Ses mains j’ai été façonnée. À aucun moment je n’ai remis Sa décision de ne pas m’emmener en question, je n’ai pas été dressée à me montrer si ingrate pour mon petit bonheur individuel. Lorsque j’ai commencé à me raccrocher véritablement au caractère provisoire de la situation et ainsi me projeter vers les retrouvailles, j’ai pu puiser en une source infinie d’apaisement.

Dix jours en pilote automatique

Les cartons sont partis le 24ème jour afin d’être stockés, car N/nous déménagerons encore dans quelques mois. C’est aussi cela appartenir à Maître, Le servir aveuglément partout où Il ira et peu importe si cela m’enchante.


jour 24, pas d’heure
« […] Sa mère m’a dit que j’avais bonne mine. Je n’ai pas pu cacher ma surprise, ni su. »

jour 25, 17 heures 22
« Mon autonomie et moi nous sommes lassées de la chambre. J’ai pris le matelas [Il ne restait que ça dans l’appartement avec un micro-onde, le nécessaire pour les animaux et de toilette avec une lampe de chevet] et ai migré dans le salon. Qu’il est lourd. J’ai mis un drap fleuri pour qu’il soit plus accueillant. […] La première nuit où N/nous avions emménagé ici, N/nous avions dormi comme ça. […] »

jour 26, 10 heures
« J’ai mal au dos. » – Ce fut concis ce jour-ci.


Les dix derniers jours furent les plus doux, que ce soit par la présence de ceux qui N/nous aiment que par mes angoisses qui s’estompent face aux choses qui – que je le veuille ou non – avancent. Je n’ai de toute la période (du jour 1 au 33) pas montré de signes d’impatience, car la patience est une vertu et Maître est de Ceux qui vous l’apprennent si vous Lui faites ressentir qu’elle ne fait pas partie de vos qualités. Le manque est une chose, en souffrir est légitime, mais il n’est pas dans le dressage de Maître un motif pour l’impertinence.

Avec les meubles qui n’étaient plus dans l’appartement, je ne me suis rapidement plus inquiétée de m’être habituée au confort. J’ai œuvré à profiter de la présence de Lévana la dernière semaine. C’est qu’elle et son Maître constituent à eux deux la majeure partie de ma vie sociale « hors Maître ». Je suis profondément reconnaissante de leur soutien et leur présence – palpable et non palpable – durant cette épreuve, comme pour toutes celles d’avant (cf. Des épines) et celles qui adviendront. Celles qui adviendront car si je sais une chose, c’est que la servitude – même non-fragmentaire – n’a rien de linéaire et que les difficultés de cette vie sont réelles pour ceux qui n’arborent pas une vision fantasmagorique de leur quotidien.

Ce que je retiens

J’ai durant ces trente-trois jours observé et retenu plusieurs réalités, dont certaines qui relèvent de l’évidence mais qu’il est très bon de chérir.

J’ai oublié mon code de carte bancaire, mais j’ai su gérer une petite somme d’argent et sûrement mieux que lorsque j’étais libre. Lors de N/nos retrouvailles, Maître a repris « ma » carte et la gestion totale de « mes » finances, ne me laissant aucune prise sur ce domaine de « ma » vie…

Distance oblige, j’ai dû vivre avec les écrans alors que Maître m’en coupait régulièrement car cette addiction est la dépendance de ce siècle. Or, en tant qu’esclave de Maître je ne peux être dépendante que de Lui. J’ai confié mes appréhensions quant à avoir du mal à m’en défaire peu avant de se revoir, j’y ai très peu accès depuis que N/nous N/nous sommes retrouvés et n’en souffre nullement. L’endroit où N/nous avons emménagé est un écrin de verdure qui ne se prête pas à toute ces inventions futiles qui ne font que renforcer la solitude et voler le cadeau précieux qu’est l’instant.

Je sais m’occuper du corps et l’écouter de façon à savoir précisément ce dont il a besoin en l’absence de Maître et agir pour son bien. Grâce au dressage de Maître, j’ai appris à écouter le corps et à en rendre compte à Maître afin qu’Il prenne Ses décisions en étant parfaitement éclairé. J’ai reçu à ce sujet l’ordre de faire en Son absence preuve d’autonomie, non de liberté. Maître m’avait laissé des règles précises portant sur l’hygiène de vie (lever, coucher, alimentation, prières, emploi du temps…), règles très importantes afin de garder une psyché solide et constante. Même si j’ai traversé de grandes euphories et énergies créatives suivies de grands chagrins et angoisses violentes, ces règles ont permis au corps de rester en santé. Merci Maître pour cela.

Enfin, si je savais que l’honneur de servir Maître n’est pas un dû, je connais dorénavant l’énorme souffrance qu’est de ne pas être dans Sa vie au quotidien pour Le servir. Je suis une propriété, je ne vis que pour le Maître qui m’a reconnue accomplie. J’ai été dressée pour vivre à Ses pieds, ma position face à cette situation ne pouvait qu’en être prévisible.

Si j’ai conscience que ma dépendance absolue ne pourrait qu’horrifier certains sensibles, elle n’est finalement – à mes yeux – rien de plus naturelle. Je ne peux que revenir à l’évidence que je suis Son esclave, dépendante par essence au Propriétaire et que je ne peux vivre sans le Maître que je sers sans dépérir.

Publié par

esclave calliopée

Propriété 232-621-237 appartenant à Maestro Bap pour l'éternité.

11 réflexions au sujet de “Absence de Maître : journal de bord de la dépendance”

  1. Pour le jours 3.. Je suis arrivée avec 10 minutes de retard, toi avec 3 heures, donc je pense qu’on est quitte 😂😂😂😂
    Je t’aime calliopée, je serais toujours la pour te soutenir, pour V/vous soutenir tout les deux, car je te dit à toi que je t’aime.. Mais je V/vous aime tout les deux ! ✨
    Sachez que V/vous me manquez très fort, j’espère qu’on se retrouvera tous très rapidement ! 💕

    Aimé par 1 personne

    1. Je n’ai aucune question, aucune craintes face à cette dépendance et elle est totalement et foncièrement naturelle.
      Tu es toi, totalement asservie et c’est magnifique car malgré les épreuves que tu as traversée durant cette absence, tu y a fait face j’en suis sûre avec la force d’une esclave aimante et accomplie.
      Une foi aveugle en ton Maître et envers le Seigneur qui te rend tout simplement heureuse.

      Aimé par 1 personne

  2. je suis très émue par cet article.
    je ne trouve aucun mots à V/vous dire de plus, je suis heureuse que tu ai enfin retrouvé ton Maître, j’espère jamais ne vivre ça, mais si c’est le cas je garderais en mémoire tes sages paroles.
    A très bientôt

    Aimé par 1 personne

  3. Très beau, comme d’habitude. Toujours plein de sens et très compréhensif grâce à votre richesse d’écriture.
    Je ne sais pas pour les autres, mais j’aimerais beaucoup avoir le point de vue de Monsieur Bap durant votre distance et votre absence. Comment comptait il organiser votre esclavage et entretiens constant durant son absence physique ? A-t-il eu des difficultés ? Des déceptions ? Est-ce que cela pourrait être refait dans le cadre du dressage ? …
    Merci encore pour vos partages de point de vue.

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour C.,
      Merci pour votre passage ici et pour vos mots ! 🌟
      Maître est en écriture d’une « conclusion de la conclusion » à propos de mon témoignage ! Elle devrait être en ligne avant l’été, ce nouveau rythme est aussi épuisant que réjouissant pour N/nous !

      Très beau samedi à vous,
      esclave calliopée, propriété de Maestro Bap.

      J’aime

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